Au Nom d’Allah le Clément le Miséricordieux
Que la Paix et le Salut soient sur le sceau des prophètes, Mouhamad détenteur de l’ultime révélation dans laquelle rien qui puisse être utile à l’Homme n’est omis (Cf. Coran Sourate 6 verset 38).
Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont atteint leur fin, et d’autres attendent encore ; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement). Sourate 33, Verset 24.
Parait-il raisonnable de parler ou d’écrire sur une si haute personnalité, éminent soufi, de la trempe d’El Hadji Ahmad Déme (Ou El Hadji Amadou Déme) qui, 20 ans durant, sous domination coloniale, sans être doté de moyens sophistiqués et adaptés, dans un environnement de précarité, réalisa un manuscrit de 14.000 pages, réunissant la « charia » et la« hakhika » ? Un tel écrivain, ne serait-il pas plus sage et logique qu’il se fasse connaitre par lui-même ? De par sa modestie légendaire, attendre une auto-description de sa part serait utopique. Il reviendrait alors à ses contemporains, sa postérité, plus particulièrement à ses disciples de combler ce vide intentionnel.
La tâche parait lourde certes, elle est immense même. Car écrire suggère un solide savoir s’inscrivant sur une droite ligne de rapporter objectivement sans racoler, et d’en préciser l’idée et le sens sans trahir. S’inscrivant dans le domaine des mystères divins, elle parait encore plus compliquée. Car de telles manifestations ne peuvent être rapportées que par des âmes bien guidés étant en parfaite harmonie avec leur Créateur. Oserions-nous, de si simples mortels, pécheurs, dénués de piété, aucune once de lumière sur le cœur – Oserions-nous sans un savoir acquis au préalable, avec nos mains embuées de noirceur, nos langues trempées de commères – Oserions nous défier et s’aventurer dans cet espace des Hommes bénis ? D’éminents maitres et personnalités, soufis confirmés, aux plumes affutés et éloquentes, mille fois plus sages polis et courtois, ont usé de leurs « daa » pour magnifier, sublimer et louer cet océan de connaissances, ce soleil lumineux aux zéniths. Les plus friands en symbole voient en lui l’incarnation même de la science dans tous les sens du terme. En effet El Hadji Ahmad Déme cette appellation majestueuse a comme équivalent numérique, dans la gématrie arabe (ABAJAD pour les connaisseurs), le chiffre 140 qui est également le poids numérique du mot « علم » qui signifie science. Ce même mot étant l’anagramme de « عمل » qui peut signifier pratique, car savoir sans pratiquer ce que l’on sait, surtout en matière de religion, est explicitement réprimandé par le bon sens mais aussi par notre Créateur. Ce mot arabe est également une anagramme de « ‘alam » qui veut dire drapeau en arabe. Toutes ces « coïncidences » suffisent comme symboles pour affirmer sans se tromper que l’homme dont on parle est prédestiné à être un savant, pratiquant et un porte-drapeau. Or le Tout Puissant nous dit dans le verset 11 de la sourate 58 : « … Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir ». Sans nul doute cet homme est et sera élevé en degrés par le Créateur. Car sa vie entière et ses œuvres plaident pour lui. Oserions-nous alors, avec nos plumes tordues et notre encre salissante, écrire sur cet Homme de Dieu.
La raison s’y oppose car elle n’est qu’empirique et apeurée à toute tentative de l’impossible, par contre la foi – la foi que nous avons en lui suggère de refouler les contraintes et les limites de la raison humaine car tel a été son viatique lors de son passage sur terre. Alors, on se saisit de notre « qalam » (plume) et on écrit, non pas en tant que fils ou partisan, mais en tant qu’un disciple ambitieux de connaitre et de faire révéler au monde, et à ses contemporains, l’image noble de son Maitre. On écrit, ni pour propagande encore moins pour plaire, notre Maitre se suffit à son Seigneur et à Lui incombe sa destinée, mais pour faire connaitre son œuvre ou ses œuvres. On écrit pour établir une version des faits rapportée et établie par ses propres proches et ainsi faire cesser l’éparpillement par un récit clair, précis et concis. Car comme le dit le proverbe arabe :
« يا ابن الكرام ألا تدنو فتبصر ما * قد حدثوك فما راء كمن سمعا؟ »
« Ô toi le fils des nobles, approche-toi pour voir ce dont on t’a parlé, car voir est mieux qu’entendre » Traduction approximative. Ce qui suggère que pour cerner une chose, vaut mieux aller à la source.
Descendant d’Oukhbata Ibn Nafi’[1], compagnon et parent du Prophète de l’Islam car appartenant à la lignée noble des Quraich de la Mecque, il fut un grand conquérant et a ouvert les portes de l’Afrique de l’Ouest à la religion mohammadienne. Son œuvre reste symboliser par le célèbre « Masdjidoul Oukhbata » en Tunis, une des premières mosquées de l’Islam après celle de la Mecque et de Médine. Sa lignée se poursuivra notamment avec Boubou Abd Allah, Cheikh Moussa Dème[2] (aïeul des Dème Haoussa du Nigeria – on y reviendra), Halwar Dème, Maciré Dème, Mohamed Al Amin Kabir Dème[3], Souleymane Lamine Dème, Mohamed Dème, Ahmadou Mbacké Dème père de Mamadou Lamine Bara Maty Dème, père de notre illustreguide El Hadji Ahmadou Dème.
Mamadou Lamine Bara Maty Dème, qui est originaire du Fouta, vivait d’abord en Casamance ensuite à Ndiobène Galo dans le Saloum. Il était réputé comme étant un grand commerçant aisé mais aussi comme prêcheur. Selon son illustre fils, il avait mémorisé le Saint Coran et était parvenu jusqu’à Moukhtaçar Khalil qui fait partie des derniers livres à étudier sur la Charia islamique.
Côté maternel, son grand père Cheikh Hamad Ka (ou Diallo, équivalent de KA) ou Hama Niébé Diallo[4] fut le 1er Moukhadam de Cheikh Mohamad Diallo[5] (il participa beaucoup à la propagation de la Tidjanniyaau Sénégal, nous y reviendrons amplement). Ayant su l’arrivée du Saint homme, il quitta son Saloum natal pour rallier Saint-Louis du Sénégal pour effectuer son ziarra auprès de lui. Ils partagèrent ensemble le chemin du retour en compagnie de deux autres femmes à savoir Lissa Ndiaye et sa fille Bana cissé qui avaient aussi prêtées allégeance au Saint homme et le suivaient dans son périple à l’intérieur du Sénégal. Bana Cissé lui fut donné comme épouse, et de cette union naquit Aminata Diallo ou Inna Maodo, mère de notre vénéré guide El Hadji Ahmad Déme[6] qui naquit un certain 1890 en Casamance, région de Sédhiou, dans un village dénommé Mankano. Sa venue s’est accompagnée de signes parmi lesquelles nous citerons le récit de l’Imam de Mankano qui convoqua son paternel pour lui informer de la sainteté de l’enfant né la veille. Sa venue coïncide aussi, dans le calendrier de l’Hégire, au même mois et presque au même jour (le 13 du mois Rabi’al Awwal ou Gamou) que le Dernier des Messagers (PSL). Une grande coïncidence (qui s’ajoute à celle des prénoms car le nom celeste du prohète est Ahmad) dirait-on certes mais Dieu ne fait rien au hasard. Il est un des éminents héritiers de ce dernier. Sa proximité avec le Prophète se justifie ainsi : Seydina Mouhamad est venu avec le meilleur des livres, le Coran ; Cheikh Ahmad Dème était celui qui a passé une bonne partie de sa vie à enseigner et expliciter son contenu via son fameux et riche Diya’ou nayirayni ou l’éclat des deux lumières. Ce qui illustre la parole du noble prophète (PSL) :
« العلماء ورثة الأنبياء »
« Les savants sont les héritiers des prophètes »
Il est orphelin de père très tôt car ayant perdu son père en bas-âge, en 1893 (d’autres avancent aussi que c’est en 1895 – Allah seul sait). Il demeura donc avec sa mère, son grand-frère Bassirou Dème et sa petite sœur Fatou Deme et plus tard avec ses frères et sœurs utérins.
Dans la préface de son fameux Tafsir (Diya’ou Nayirayni Edition Tanger), El Hadji Amadou Déme, y raconte une histoire pleine de sens sur la mère de son père, sa grand-mère Sokhna Maty Sourang. Cette dernière, selon le Saint homme, était une femme pieuse et travailleuse, une Abida bara. Elle avait, grâce aux revenus provenant de la culture de coton, acheté un Coran. Ce Coran acquis dignement sans usure et profit, et au seul mérite du travail, a servi tour à tour à son illustre père Mame Mouhamed lamine Bara, ensuite à ses cousins, Serigne Mouhamed Déme de Diourbel et El Hadji Ibrahima Déme de Gouy Soukh (respectivement compagnons de Serigne Touba et d’El Hadji Malick Sy) puis lui-même en l’occurrence El hadji Amadou Déme. Ce qui lui permit d’affirmer par conséquent, toujours dans son Tafsir, que ce Coran a reçu la grâce et la bénédiction divine car toutes les personnes qui ont appris avec sont devenus des Maitres et guides de leur époque.
Tout ceci illustre bien que le Tout Puissant a choisi pour lui, comme Il le fait souvent pour ces élus, une des lignées les plus nobles et faisant de la pratique religieuse leur sacerdoce. Mais le fait d’être issu d’une descendance pure, pétrie de connaissances et de piété, n’est pas une condition suffisante pour être un élu d’Allah ‘Azza wa Jalla. L’ayant su, il a franchi toutes les étapes et gravi tous les échelons pour arriver au sommet. C’est pour cela que cette généalogie est uniquement à titre informatif, car le connaissant il n’a jamais mis en avant cette noble ascendance pour être en conformité avec l’enseignement du prophète Paix et Salut sur lui, car il nous a enseigné les paroles suivantes :
« – يا أَيُّها الناسُ ! إنَّ اللهَ قد أَذْهَبَ عنكم عُبِّيَّةَ الجاهليةِ ، وتعاظُمَها بآبائِها ، فالناسُ رجلانِ : رجلٌ بَرٌّ تَقِيٌّ كريمٌ على اللهِ وفاجرٌ شَقِيٌّ هَيِّنٌ على اللهِ ، والناسُ بَنُو آدمَ ، وخلق اللهُ آدمَ من ترابٍ »
Ce qui signifie : « – O gens ! Dieu vous a enlevé l’orgueil de la Jahiliyyah (période anté-islamique) et sa glorification par ses ancêtres, car les gens sont de deux types : un homme bon, pieux, et noble auprès d’Allah, et un homme immoral, damné, et insignifiant auprès d’Allah. Les humains sont les enfants d’Adam, et Adam est créé à partir de la poussière par Allah».
C’est dans cet environnement de musulmans pieux et pratiquants de génération en génération que le saint homme a fait ses débuts dans l’existence. Une enfance difficile, car étant orphelin de père mais aussi mouvementée. Mais grâce à la vigilance et le dévouement de sa mère, Sokhna Aminata Banna, il a pu effectuer des études coraniques ensuite théologiques conformément au testament de son père.
[1] Jamma al’wali est le terroir originaire des « Dème », avant de se disperser dans le Fouta (Foumi hari Demoubé, Hamad Khonaré, Sinthiou Ndaligué, Boundou).
[2] Il est le Patriarche des « ndémenn haoussa » du Nigeria. Cheikh Moussa, aïeul direct de Cheikh Ahmad Dème Via Ousmane Dan Fodio, habitait Foumi hari Demoubé, avant de partir s’installer en Kanu au Nigéria. Ils étaient des prêcheurs et guides, et en même temps détenait la royauté
[3] Originaire du Djolof, dans un village dénommé Kankan où il a vécu et là demeure aussi sa tombe. Il est le père de Fakha Lamine – Souleymane Lamine – Sidy Lamine. Lamine Déme étant un ancêtre commun d’El Hadji Malick Sy et Serigne Touba Via Fakha Lamine et Sidy Lamine, comme l’a si bien souligné notre vénéré guide dans son Tafsir. Et Selon toujours Ousmane Dan Fodio, leurs origines remonteraient jusqu’au Prophète Ibrahima (Aleyhi Salam – Allah est plus Connaisseur que tous)
[4] Originaire de Fouta, dans une localité dénommée, Agnam Siwol. Il fut le premier de ses talibés à accomplir pour lui un « khidma » (action de servir un homme de Dieu).
[5] Moukhadam de Cheikh Oumar Al-Foutiyou Tall (rta). Il donna la tarikha à Cheikh Abdoulaye Niasse de Kaolack, Serigne Alioune Déme de Ndiayecounda, Serigne Mass Ka de Gambie, Serigne Apha Said de Kouel et Tafsir Maty Ba fils de Maba Diakhou Ba.
[6] De cette union, naquirent aussi Serigne Bassirou Dème et Soxna Fatou Dème