le Califat divin, le scrupule envers les biens publics et une voix dont l’écho dépasse les murs

Les Similitudes entre Mawlana El Hadji Ahmad Déme RTA et Seydina Dâwud (AS)

Le 10ème jour du mois de Muharram, connu sous le nom d’Achoura ou « Tamxarite », est riche en histoire. Ce jour est lié à des événements significatifs impliquant de grands prophètes. La Toute-Puissance d’Allah SWT s’est manifestée à plusieurs d’entre eux en ce jour, les sauvant de manière providentielle, comme l’a bien résumé notre maître dans Kaachifatul Hijab :

ويوم عاشوراء في ذا العـام***في عاشـر المـحـرم الحرام


أو التاسع الخلاف فيه انكتم***من زاد في إنفاقه فيه اغتنم


وفيه قد وقى الإله بوسى*** آدم إدريس ونوحـا مـوسی


كذا الخليل وسليمـان النبي***من بعد داوود الرضى المهذب


يونس أيوب عيسى عبده ***وكلهم قد نال فيه رفده

Ce qui signifie :

« Celui qui augmente ses dépenses le 10ème (Achoura), ou le 9ème du mois de Muharram, aura certainement réalisé un immense profit. C’est ce jour où Allah sauva du malheur Adam, Idriss, Nouh et Moussa. Ainsi que l’Ami d’Allah (Ibrahim), Souleymane le prophète après Dâwud, le noble et le bien-guidé. De même que Yunus, Ayoub et Issa. Tous ont obtenu en ce jour le Secours divin. »

C’est également le jour où Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA acheva la rédaction du Diyaou Naïrayni, un tafsir qui a révolutionné l’approche de l’interprétation coranique en mettant en évidence, entre autres, l’universalité de la Parole divine.

Depuis maintenant quatre ans, nous avons entrepris une réflexion sur les similitudes entre Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA et différents prophètes, au-delà de cette coïncidence remarquable que constitue le 10 Muharram, jour de délivrance commune. En tant qu’héritier incontestable et incontesté du Prophète Muhammad ﷺ, sceau des prophètes, il est naturel qu’il reflète certaines lumières propres aux autres envoyés d’Allah. Nous avons toutefois choisi de concentrer cette étude comparative sur les prophètes dont les histoires les plus célèbres sont associées au jour de Tamxarite. D’autant plus que le Cheikh lui-même, dans sa profonde humilité et sans aucune prétention, établit un parallèle entre Diyaou Naïrayni et l’Arche de Nûh (AS), en concluant son œuvre par ces mots :

والله تعالى أعلم بمعاني كتابه وتأويله وأسرار آيه وتنزيله انتهى تفسير سورة الناس وبانتهائه استوت سفينة النجاة على جودي الإسعاد يوم الأربعاء 10 من المحرم عام 1369 هجرية 2/11/49 والحمد لله رب العالمين .وكان الشروع فيه يوم خمس من رجب 1357 هجرية 31/8/38 .

وآخر دعوانا أن الحمد لله رب العالمين ولله الحمد في الآخرة والأولى

« Allah, Très-Haut, connaît mieux les sens de Son Livre, son interprétation, les secrets de Ses versets et de Sa révélation. Avec l’achèvement de l’exégèse de la sourate An-Nâs, l’Arche du Salut s’est stabilisée sur le mont de la Félicité, ce mercredi 10 Muharram 1369 H, correspondant au 2 novembre 1949. Louange à Allah, Seigneur des mondes. J’ai commencé sa rédaction le 5 Rajab 1357 H (31 août 1938). La fin de notre invocation est : Louange à Allah, Seigneur des mondes. À Allah appartiennent les louanges dans l’au-delà comme ici-bas. »

Notre réflexion du jour se tourne vers Seydina Dâwud (AS), prophète, roi et calife d’Allah sur Terre, modèle de justice, d’ascèse et de louange. Selon la tradition islamique, c’est le jour de ʿAchoura (Tamxarite) qu’Allah agréa le repentir de Dâwud après quarante jours d’humilité et de larmes. Bien qu’ayant reçu entre ses mains les trésors d’un royaume, il demeura d’une probité exemplaire, refusant de vivre des biens publics et préférant subvenir à ses besoins par le travail de ses propres mains. Allah lui accorda également une voix d’une beauté et d’une puissance extraordinaires, au point que les montagnes et les oiseaux répondaient à ses glorifications :

إِنَّا سَخَّرْنَا الْجِبَالَ مَعَهُ يُسَبِّحْنَ بِالْعَشِيِّ وَالْإِشْرَاقِ ۝ وَالطَّيْرَ مَحْشُورَةً ۖ كُلٌّ لَّهُ أَوَّابٌ

« Nous avons assujetti les montagnes à glorifier avec lui, soir et matin, ainsi que les oiseaux rassemblés ; tous revenaient constamment vers Allah avec lui. »

(Sourate Sâd, 38 : 18-19)

À travers une lecture attentive des textes et des témoignages, se dessinent entre ces deux figures des similitudes frappantes : le vicariat divin (Al-Khilâfa), une extrême réserve vis-à-vis des biens de la communauté et une voix dont les échos dépassaient les limites ordinaires. Des montagnes répondant aux psaumes de Dâwud (AS) aux murs des mosquées renvoyant les récitations de Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA, les parallèles sont aussi singuliers que profonds et méritent d’être exposés et médités.

1. Le Califat d’Allah sur Terre : une charge de représentation divine

Après Seydina Adam (AS), le Coran ne désigne explicitement qu’un autre prophète comme Calife d’Allah sur Terre : Seydina Dâwud (AS). Allah dit :

﴿يَا دَاوُۥدُ إِنَّا جَعَلْنَـٰكَ خَلِيفَةً فِى ٱلْأَرْضِ فَٱحْكُم بَيْنَ ٱلنَّاسِ بِٱلْحَقِّ وَلَا تَتَّبِعِ ٱلْهَوَىٰ فَيُضِلَّكَ عَن سَبِيلِ ٱللَّهِ﴾

« Ô Dâwud ! Nous avons fait de toi un vicaire (Calife) sur Terre. Juge donc parmi les hommes avec équité et ne suis pas les passions, car elles t’égareraient du chemin d’Allah. »

(Sourate Sâd, 38 : 26)

Cette nomination divine n’est pas seulement une autorité temporelle, mais avant tout une responsabilité spirituelle : établir la vérité, rendre justice et gouverner selon la volonté divine. Ainsi, après Adam (AS), Dâwud (AS) apparaît comme le second personnage explicitement investi de cette dignité dans le Coran.

Or, dans notre précédent article consacré aux similitudes entre Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA et Seydina Adam (AS), nous avons déjà exposé en détail, preuves à l’appui, les aspects manifestes et ésotériques du Khilâfa de Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA. Nous y avons notamment évoqué son rôle d’exégète héritier du Prophète ﷺ, ainsi que la dimension qutbaniyya de son vicariat. Nous renvoyons donc nos lecteurs à cet article pour ne pas répéter des développements déjà exposés.

2. Une extrême réserve vis-à-vis des biens publics : le wara‘ de Dâwud (AS) et de Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA

Parmi les traits les plus remarquables de Seydina Dâwud (AS) figure sa crainte scrupuleuse de tirer profit des biens publics.

Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA rapporte dans le Diyaou Naïrayni (Tome 13, p. 353) :

كان داود حين ملك على بني إسرائيل يخرج متنكرا، فيسأل الناس ما تقولون في داود ؟ فيثنون عليه. فقيض الله له ملكا في صورة آدمي، فسأله كعادته فقال: نعم الرجل لولا خصلة فيه، فسأله عنها فقال: لولا أنه يأكل ويطعم عياله من بيت المال. ولو أكل من عمل يده لنمت فضائله فعند ذلك سأل ربه أن يسبب له ما يستغني به عن بيت المال. فعلمه تعالى صنعة الدروع.

« Lorsque Dâwud régna sur les enfants d’Israël, il avait l’habitude de sortir incognito et de demander aux gens : « Que pensez-vous de Dâwud ? » Ils faisaient son éloge. Allah lui envoya alors un ange sous forme humaine. Comme à son habitude, il l’interrogea, et celui-ci répondit : « C’est un excellent homme, si ce n’était un défaut. » Dâwud demanda lequel. L’ange répondit : « Il se nourrit, lui et sa famille, du Trésor public. S’il mangeait du fruit de son propre travail, ses mérites seraient encore plus grands. » Alors Dâwud demanda à son Seigneur de lui procurer un moyen de subsistance qui le dispense du Trésor public, et Allah lui enseigna la fabrication des armures. »

Le Coran fait allusion à ce don particulier :

﴿وَأَلَنَّا لَهُ الْحَدِيدَ ۝ أَنِ ٱعْمَلْ سَـٰبِغَـٰتٍ وَقَدِّرْ فِى ٱلسَّرْدِ﴾

« Nous avons assoupli pour lui le fer : « Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles. » »

(Sourate Saba’, 34 : 10-11)

Le Prophète ﷺ a également dit :

« ما أكل أحد طعاما قط خيرا من أن يأكل من عمل يده، وإن نبي الله داود كان يأكل من عمل يده »

« Personne n’a jamais mangé une nourriture meilleure que celle acquise par le travail de ses propres mains. Et le prophète Dâwud mangeait du produit de son propre travail. »

(Rapporté par al-Bukhârî)

Cette forme de scrupule (wara‘) se retrouvait également chez Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA.
Les anecdotes à ce sujet sont nombreuses. À plusieurs reprises, les dirigeants du Sénégal indépendant, notamment le président Léopold Sédar Senghor et le président Mamadou Dia, voulurent lui offrir d’importantes sommes d’argent, qu’il refusa catégoriquement.

Plus remarquable encore, il poussait ce scrupule jusqu’à ne jamais solliciter un fonctionnaire pendant ses heures de service, afin de ne pas monopoliser un agent public pour ses intérêts privés. Ainsi, ayant un jour besoin d’un géomètre pour ses champs, il demanda non seulement l’autorisation à la hiérarchie de celui-ci, mais prit soin de ne bénéficier de ses services qu’en dehors de ses horaires de travail.

De même, bien qu’il possédât de nombreux champs cultivés par des milliers de disciples, il distinguait soigneusement ce qui provenait de ces terres collectives de ce qui provenait des parcelles qu’il cultivait lui-même. Sa consommation familiale était exclusivement tirée du fruit de son travail personnel, tandis que les récoltes produites par ses disciples étaient largement distribuées en aumônes et en œuvres de bienfaisance.
Cette délicatesse spirituelle rappelle admirablement celle de Seydina Dâwud (AS), qui préféra le fruit de ses propres mains aux ressources du Trésor.

3. Une voix extraordinaire : des montagnes aux murs des mosquées

Allah a accordé à Seydina Dâwud (AS) une voix exceptionnelle, dont la beauté et la puissance étaient telles que les montagnes et les oiseaux s’unissaient à lui dans la glorification divine :

﴿إِنَّا سَخَّرْنَا ٱلْجِبَالَ مَعَهُ يُسَبِّحْنَ بِٱلْعَشِىِّ وَٱلْإِشْرَاقِ ۝ وَٱلطَّيْرَ مَحْشُورَةًۭ ۖ كُلٌّۭ لَّهُۥٓ أَوَّابٌ﴾

« Nous avons assujetti les montagnes à glorifier avec lui, soir et matin, ainsi que les oiseaux rassemblés ; tous revenaient vers Allah avec lui. »

(Sourate Sâd, 38 : 18-19)

Le Prophète ﷺ dit également en parlant Abu Moussa Al Ach’ari RTA:

« لقد أوتي هذا مزمارا من مزامير آل داود »

« Celui-ci a reçu l’une des flûtes (voix mélodieuses) de la famille de Dâwud. »

(Al-Bukhârî et Muslim)

Cette harmonie entre la création et la voix du prophète Dâwud (AS) trouve un écho singulier dans les témoignages concernant Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA.
Les anciens rapportent que lorsqu’il dirigeait la prière ou récitait le Coran, sa voix possédait une force et une mélodie extraordinaires. Elle remplissait toute la mosquée, au point que certains avaient l’impression que les murs eux-mêmes répondaient à sa récitation, comme si l’édifice tout entier participait au dhikr. La résonance produite donnait l’impression d’un chœur invisible accompagnant sa voix.

De nombreux témoins évoquent également la beauté exceptionnelle de sa récitation et la douceur mélodieuse qui la caractérisait, rappelant ainsi ce qu’Allah accorda à Son prophète Dâwud (AS), dont les psaumes faisaient vibrer les montagnes et les oiseaux.
Ainsi, entre le Khilâfa divin, le scrupule exemplaire vis-à-vis des biens de la communauté et une voix dont les échos dépassaient l’ordinaire, les similitudes entre Seydina Dâwud (AS) et Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA apparaissent avec une étonnante profondeur. Des montagnes qui glorifiaient Allah avec Dâwud aux murs des mosquées qui semblaient résonner avec la récitation de Mawlana Elhadji Ahmad Déme RTA, se manifeste une même noblesse spirituelle, héritée de la lumière prophétique. Qu’Allah nous fasse bénéficier de leurs enseignements et nous accorde une part de leur sincérité et de leur droiture. Louange à Allah, Seigneur des mondes

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